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LES PIERRES PARLERONT DE TOI, Chronique humaine d’une violence inhumaine

LES PIERRES PARLERONT DE TOI, Chronique humaine d’une violence inhumaine

Extrait, page 12

Livre à paraître

À l’instant où la terre a commencé à vibrer, Ibrahim s’est vite assis sur ses mollets. Il sait bien que les petits tremblements de terre sont fréquents mais il ne peut empêcher son cœur de battre la chamade à chaque fois qu’il ressent les oscillations. Malgré sa crainte, il doit continuer à travailler. Comme l’après-midi est déjà entamé, il a retourné longuement   l’argile avec son père et ses frères alors qu’ensuite les plus jeunes ont fait des formes ovales avec la boue labourée.

Maintenant ils en sont à l’étape de faire entrer ces paquets d’argile dans le moule rigide de la brique. Accroupi, le garçon ressent la douleur familière dans son dos. Cette étape durera plusieurs heures et les efforts de son corps affaiblissent sa colonne vertébrale. Sa figure est crevassée par la poussière omniprésente. Il doit peser de toutes ses forces pour que le coffrage soit plein de fange et que cette dernière, pressée dans le moule ne laisse aucune place pour l’air, si petite soit-elle.

Lorsqu’il aura terminé de remplir les briques de la journée, il passera à la phase qui l’amuse le plus : saupoudrer de terre séchée le côté ouvert de la brique comme un cuisinier enfarine son pain afin de ne pas faire coller l’argile à la terre au moment où il démoulera le tout.

Demain, il sera en congé. Comme toutes les semaines, cette petite phrase chante dans sa tête. Demain il sera en congé! Bien entendu, il devra assister ses parents pour s’occuper des quatre

petits garçons épuisés tandis que sa sœur veillera à cuisiner; il aura à réparer le toit de leur factory-200605_1280 (1)

logement de fortune puisque l’eau y coule à chaque pluie. Ensuite il aidera peut-être également

certains de leurs voisins aux tâches inhérentes à leurs habitations respectives. En effet, bien que

les chaumières soient fournies par leurs employeurs, les faiseurs de briques sont généralement

logés dans de vieux entrepôts ou des garages abandonnés. La famille décidait elle-même de la

quantité d’heures que chacun de ses membres travaillerait chaque jour. Cela dépendait de la

grosseur de la dette du petit groupe. Cependant, rares étaient les familles aussi pauvres que celle

d’Ibrahim qui arrivaient un jour à s’affranchir de tout endettement puisqu’à chaque fois qu’un besoin apparaissait, ses membres étaient tellement dépourvus qu’ils devaient nécessairement augmenter le poids de l’emprunt comme ses parents l’avaient fait à la mort de son frère.

 

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